jeudi 14 février 2013

Parlez-moi d'amour ...

C'est ce que nous propose Lilou pour le 1er jeudi en poésie du défi n°96 des CROQUEURS DE MOTS, Lilou à qui notre amirale Tricôtine a confié la barre en confiance, vu la fantaisie de Vents animés par Lénaïg au défi précédent.

Je ne sais si j'aurai le temps de chercher un poème qui ... (quoi, je ne sais pas)

Mais comment ne pas penser au titre de cette chanson qui fut la chanson fétiche de mes parents et qu'ils aimaient chanter en duo bien après des années de vie. 1930, c'est la naissance publique de cette chanson restée dans un tiroir de Jean Lenoir (avec un L pas un R) depuis 1924. C'est aussi leur premier anniversaire de mariage

Vous en trouverez les paroles et la chanson chantée par Lucienne Boyer, qui lui a fait connaitre le succès, ma préférence allant, malgré le talent de Lucienne Boyer, à l'interprétation de Juliette Gréco.


20 ans plus tard, en 1950 si Jacques Brel avait pu déjà écrire cette merveilleuse chanson, ils auraient pu chanter en chœur au-dessus de mon berceau La chanson des vieux amants, 1967.

Maintenant, si vous cherchez moins conventionnel, une suggestion ICI 
(à vos risques et périls) 

Le parler d'amour au XVIe siècle

Amadis Jamyn (1538 - 1592)

Stances de l'impossible

L'été sera l'hiver et le printemps l'automne,
L'air deviendra pesant, le plomb sera léger : 
On verra les poissons dedans l'air voyager
Et de muets qu'ils sont avoir la voix fort bonne. 
L'eau deviendra le feu, le feu deviendra l'eau
Plutôt que je sois pris d'un autre amour nouveau.

Le mal donnera joie, et l'aise des tristesses !
La neige sera noire, et le lièvre hardi,
Le lion deviendra du sang acouardi,
La terre n'aura point d'herbes ni de richesses ;
Les rochers de soi-même auront un mouvement
Plutôt qu'en mon amour il y ait changement.

Le loup et la brebis seront en même étable 
Enfermés sans soupçon d'aucune inimitié ;
L'aigle avec la colombe aura de l'amitié 
Et le caméléon ne sera point muable :
Nul oiseau ne fera son nid au renouveau
Plutôt que je sois pris d'un autre amour nouveau.

La lune qui parfait en un mois sa carrière
La fera en trente ans au lieu de trente jours ;
Saturne qui achève avec trente ans son cours
Se verra plus léger que la lune légère :
Le jour sera la nuit, la nuit sera le jour 
Plutôt que je m'enflamme au feu d'un autre amour.

Les ans ne changeront le poil ni la coutume,
Les sens et la raison demeureront en paix,
Et plus plaisants seront les malheureux succès
Que les plaisirs du monde au cœur qui s'en allume.
On haïra la vie, aimant mieux le mourir
Plutôt que l'on me voie à autre amour courir.

On ne verra loger au monde l'espérance ;
Le faux d'avec le vrai ne se discernera,
La fortune en ses dons changeante ne sera,
Tous les effets de mars seront sans violence,
Le soleil sera noir, visible sera Dieu
Plutôt que je sois vu captif en autre lieu.
                          Amadis Jamyn


On ne peut guère faire plus imagée déclaration d'amour éternel !

mercredi 13 février 2013

jeudi 7 février 2013

Le voyage, de Charles baudelaire, I

Défi n°95 sous le signe du vent pour Lénaïg et les CROQUEURS DE MOTS. La semaine passée ce qui est petit était inouï. Cette semaine ce qui est grand est étonnant.
Aujourd'hui, le début du dernier poème des Fleurs du Mal de Charles Baudelaire1

Le voyage

A Maxime Du Camp2.

I

Pour l'enfant, amoureux de cartes et d'estampes,
L'univers est égal à son vaste appétit.
Ah ! que le monde est grand à la clarté des lampes !
Aux yeux du souvenir que le monde est petit !

Un matin nous partons, le cerveau plein de flamme,
Le coeur gros de rancune et de désirs amers,
Et nous allons, suivant le rythme de la lame,
Berçant notre infini sur le fini des mers :

Les uns, joyeux de fuir une patrie infâme ;
D'autres, l'horreur de leurs berceaux, et quelques-uns,
Astrologues noyés dans les yeux d'une femme,
La Circé tyrannique aux dangereux parfums.

Pour n'être pas changés en bêtes, ils s'enivrent
D'espace et de lumière et de cieux embrasés ;
La glace qui les mord, les soleils qui les cuivrent,
Effacent lentement la marque des baisers.

Mais les vrais voyageurs sont ceux-là seuls qui partent
Pour partir, coeurs légers, semblables aux ballons,
De leur fatalité jamais ils ne s'écartent,
Et, sans savoir pourquoi, disent toujours : Allons !

Ceux-là dont les désirs ont la forme des nues,
Et qui rêvent, ainsi qu'un conscrit le canon,
De vastes voluptés, changeantes, inconnues,
Et dont l'esprit humain n'a jamais su le nom !
Charles Baudelaire, Les Fleurs du mal, 1861
La mort, CXXVI Le voyage I

Le texte intégral de Le voyage sur wikisource

1.- Charles baudelaire, poète, 1821 - 1867
2.- Maxime Du Camp, écrivain et photographe, 1822 - 1894

Et si vous voulez vous attarder, bonus Chanson à grand vent (ce n'est pas loin du thème, non ?)

mercredi 6 février 2013

Zacharie, jardinier des oiseaux

Maicresse Jill Bill de la Cour de récré de JB
je te demande de présenter
tel qu'il était 
à l'aube de l'été
Zacharie le jardinier.

lundi 4 février 2013

Défi n°95 : Tempête sous mon crâne

Pardon Lenaïg ! Pour mettre au propre les pistes mises la semaine dernière au brouillon pour ton défi je vais devoir attendre la fin de la tempête sous mon crâne qui sévit depuis hier matin et me met la tête au carré.

samedi 2 février 2013

Corde !

Qu'avait-elle derrière la tête, Sherry, notre animatrice pour LE CASSE-TÊTE DE LA SEMAINE ?

Comme je crois à la grande sagesse de cette citation :
« Aucun de nos instants qui ne soit éphémère !
La mort est une corde au cou de tout vivant. »
Sandor Weöres,  Ne pas vivre est le plus facile 

Je m'en vais cette semaine laisser la parole à des citations.

D'abord ne pas perdre le bénéfice de la séance de relaxation de la semaine dernière, je vais donc faire mienne la devise de Pierre Dac glanée sur la Toile par un contributeur de Evene dans l'anthologie que Jacques Pessis lui consacre  Y'a du mou dans la corde à nœuds ! :
« Rien ne sert de courir si l'on n'est pas pressé. »
Pierre Dac, extrait de ? (non précisé sur evene)

et plutôt que de me lamenter de ce que je constate chaque jour la fausseté de cet autre proverbe, en nos instincts grégaires où la pensée est panurge : 

« La corde à lier les pensées n’est pas encore tressée. »
       Proverbe scandinave 

Je rêve en prenant soin de respecter cet aphorisme :


« On ne se retourne pas quand on marche sur la corde du rêve. »
Fatou Diome, Le Ventre de l’Atlantique


et  je suis l'ombre de Rimbaud au milieu des étoiles


« J'ai tendu des cordes de clocher à clocher ;
des guirlandes de fenêtre à fenêtre ;
des chaînes d'or d'étoile à étoile,
et je danse. »
Arthur Rimbaud, Les Illuminations


jeudi 31 janvier 2013

Dans la neige du soir ... pour Mil et Une

J'ai rafraîchi un texte écrit en décembre 2010 pour la quinzaine de Mil et Une sur un tableau de Frits Thaulow
Une image est proposée chaque quinzaine, sur laquelle nous proposons un ou plusieurs textes.
Le texte initial racontait ce qui s'était passé. J'ai juste remplacé le but de mon déplacement. 
  
Dans la neige du soir ...

Ce soir, je vais vers le village à pied, bien chaussée dans mes bottes fourrées.
Je prends l'allée contre le vent. La neige encapuchonne les ornières et le sol dur fait un appui praticable. Au loin deux cavaliers rentrent leurs montures au pré. Le soir et l'ombre tombent sur la campagne apaisée. La nature apprivoisée, au cœur des habitations ...

Quelque chose m'a fait tourner la tête sur ma gauche ! Des pattes fluettes se débattent vainement dans l'air.

La pauvre bête roule doucement du flanc au dos. Mon regard a croisé son regard. L'agitation a cessé. Crainte de l'odeur humaine ? Espoir d'un sauvetage ? Je crois voir les deux dans ce regard plaintif, craintif, je ne sais. Que faire ? Héler les cavaliers là-bas. Ce sont des cavalières. qui comprennent à mon troisième appel. Qui viennent. Elles ont l'habitude des chevaux, aiment les animaux. L'une d'elles rassure la bête. Elle ne saigne pas mais a sans doute quelque chose de cassé.

Une voiture se gare de l'autre côté, et semble chercher. Je lui fais signe, quelle chance qu'il arrive justement là. Mais ce n'est pas un hasard. On a déjà donné l'alerte et il cherchait à localiser le petit animal.
Peut-être même le conducteur ou la conductrice, surpris(e) par son irruption, et qui n'a pas eu d'autre choix que de le heurter, sauf à aller dans le décor sur la rue incertaine.
Il va l'emmener vers le garde forestier. Pourra-ton sauver ce faon, dont on voit le début des bois pointer pour le printemps prochain ?
Est-il trop blessé pour être sauvé ?
Monsieur V ne le sait pas. Mais je sais qu'il fera au mieux avec le garde et le vétérinaire.
Je continue vers la bibliothèque. Le conteur parle du Bois d'où a surgi le faon, des époques où Mélusine et Merlin veillaient encore sur les rois chevelus et sur les manants …
Ce soir, une biche peut-être pleurera son faon.
Jeanne fadosi, édition modifiée pour Mil et Une
première édition, 6 décembre 2010, sous le titre Un faon dans la neige


huile sur toile de Frits Thaulow, 1887, National gallery de Norvège
source wikimedia, domaine public, clic sur l'image pour accéder à ses informations

Le ver luisant, de Maurice Rollinat

Défi n°95 chez Lénaïg pour les CROQUEURS DE MOTS sous le signe du vent et du petit et du grand en poésie.

Il est un poète juste connu pour charmer les petits écoliers francophones avec un seul poème.
Si je vous murmure :
"La biche brâme au clair de lune ...

vous enchaînerez sans doute :
"Et pleure à s'en fondre les yeux ...

Je l'avais mis en ligne ICI pour faire suite à une anecdote racontée et que j'ai dépoussiéré avec quelques retouches pour MiletUne ces jours-ci.

Et pourtant, Maurice Rollinat est un poète qui me semble mériter une place bien plus grande que celle qu'il a eu de son vivant et maintenant. 
Je n'ai pour illustrer petit et inouï, que l'embarras du choix dans son oeuvre abondante. Et j'ai hésité :
La petite couturière ; La petite gardeuse d'oies ; Les petits taureaux ; Le petit coq ; Le petit fantôme ; Le petit chien ; Le feu follet ... Il décrit les gens dans la vie de son temps, plutôt à la campagne, sans donner de leçons. Ses tableaux impressionnistes et réalistes parlent d'eux-mêmes.


LE VER LUISANT


Le petit ver luisant dans l’herbe
S’allume cette fois encor
A la même place ! Le cor
Pleure au loin ; la nuit est superbe.

Au doux âge où l’on est imberbe,
Je l’admirais comme un trésor.
— Le petit ver luisant dans l’herbe
S’allume cette fois encor.

Mais, dira le penseur acerbe :
« Tout ce qui reluit n’est pas or ! »
Moi, je réponds à ce butor,
Que j’aime, en dépit du proverbe,
Le petit ver luisant dans l’herbe.


Maurice Rollinat — Dans les brandes, poèmes et rondels, 1877

Maurice Rollinat, poète, 1846 - 1903
Son oeuvre en ligne sur wikisource


cliché de Herky, licence creativ common, source wikimedia

mercredi 30 janvier 2013

Calypso, fille des flots

Calypso
Jadis fier vaisseau
Elle est à cale sèche
Et se désèche
Toute rouillée
D'avoir mouillé
A quai oubliée